Rendons sa 4L à Renault

Et ses chansons à Renaud


Renaud est-il à la Chanson ce que la 4L fut à Renault ? Une gueule anguleuse, un moteur parfois capricieux, mais un modèle mythique qu’on reconnaît entre mille. Depuis cinquante ans qu’il sillonne les routes cabossées de la vie, l’homme qu’on croyait perdu revient toujours, tantôt fragile, tantôt fulgurant, comme un vieux diesel qui refuse obstinément de caler. Miracle ? Pas vraiment. Simplement un chanteur qui, même à bout de souffle, a souvent su rallumer la flamme là où on ne l’attendait plus. Et puisqu’on est dimanche, allons à la grand-messe du Révérend Père Séchan, même si ce protestant portant la croix huguenote n’a jamais vraiment cru qu’en son propre agnosticisme.

Alors, toujours « Morganes » de Renaud ?

Depuis des années, il marche dans l’ombre de sa propre statue, celle qu’on lui a dressée trop tôt et trop haut. Il avance, parfois péniblement, dans ce clair-obscur où se croisent sursauts et dérapages. Il y a eu le fracas de Manhattan-Kaboul, les coups de sang inattendus, les prises de position qui déstabilisent même les fidèles. Il y a eu les cafés trop forts, les nuits trop longues, les ascensions fulgurantes et les descentes vertigineuses. Le mistral, un temps gagnant, s’est retourné contre lui. La bise lui a glacé le cœur, les mots et jusqu’à ses cordes vocales.

Et pourtant Renaud revient toujours. On l’annonce perdu, il réapparaît. On le dit fini, il renaît. On le croit muré dans le silence, il lâche trois vers qui font mouche. À croire qu’au fond de lui quelque chose continue de tenir chaud, peut-être un amour, peut-être une lumière retrouvée comme un printemps inattendu. Depuis quelque temps, pour lui, c’est le Temps de Cerise. Il a « la folie en tête » et « du soleil au cœur ». Un peu de paix retrouvée, peut-être. Même si sa fille, avec laquelle les relations restent parfois tendues, vient encore rejouer quelques dissonances dans la partition familiale.

Car Renaud, au-delà de ses naufrages publics, reste l’un des derniers chanteurs à avoir donné une voix à ceux qu’on n’entend jamais. L’accent traînant des faubourgs, la poésie des zincs, la fraternité des bancs publics. Il a chanté les mômes des quartiers, les perdants magnifiques, les clodos au regard fier, les amours qui déglinguent, les révoltes qui cognent et les utopies de comptoir. L’autoproclamé « chanteur énervant » a été, avant tout, le porte-voix des silencieux.

Vingt-six albums, près de vingt millions de disques vendus, des hymnes gravés dans la mémoire collective. « Hexagone », « Morgane de toi », « Mistral gagnant », « Manu », « La Teigne », « Miss Maggie », « Les Bobos ». Une carrière comme il n’en existe presque plus, faite de gloire populaire, d’engagement libertaire, de coups de gueule politiques, de ruptures brutales, de longues traversées à vide et de retours aussi inattendus que bouleversants.

Mais réduire Renaud à ses excès ou à ses pertes de voix serait méconnaître l’essentiel. Il reste un conteur instinctif, un chroniqueur de l’époque qui parle de biais mais toujours juste. Sa voix cassée et râpeuse n’est pas un défaut. C’est sa signature, son empreinte digitale. Une voix qui clope, qui saigne, mais qui touche droit au cœur.

Au fond, Renaud, c’est l’ultime irréductible. Une vieille 4L cabossée qui continue d’avancer quand tant d’autres, plus lisses mais plus creuses, ont rendu les clés depuis longtemps. Une 4L incassable qui en a vu des vertes et des pas mûres, et qui refuse obstinément de s’arrêter au bord de la route, même quand le moteur tousse.

Et ça, quelque part, ça force un respect têtu. N’a-t-il pas lui-même affirmé tout récemment : « Ce qui compte, ce n'est pas de chanter mais de durer. Je dure depuis 50 ans et ce n'est pas fini. »

Source : . Rock Over Beethoven Faceboock #Renaud_50_ans_de_carrière !

  Renaud